Lettre du Dr Bienfaisance. Part Three


Fixant l'aloès, il tendait la main vers l'assiette puis cherchant dans le vide, renversa leurs deux espresso. Juste de savoir son calme, qui jamais ne vacillait; qu'elle en sursautant d'un cris n'aurait que zen de sa part. Cela la froissait tellement et toujours. Le comble, il arrivait que son sang boue simplement. Parce que le patient maîtrise une chose dont elle ignore l'essentiel. Sa frustration cachée quelque part, enfouie avec l'impression que nous vivions tous les trois dans des mondes différents. Qu'au plus certainement il n'y avait rien de mal. Si ce n'est que dans son univers à elle, on la chargeait de nous remettre dans les rangs. Elle avait bien un emploi, de fonctionnaire si vous voulez, et des qualifications universitaires. Ainsi d'avance quand elle devait prescrire la fameuse pilule, elle signifiait son désir de nous changer. La terrible jalousie de ma maîtrise dans l'adversité. Idem pour la sagesse qu'elle observait lorsqu'il était plongé dans la pire douleur. Elle imaginait nos enfances regorgeant de claques et de 'ferme ta gueule' qui la laissait froide. Car il n'existait pas d'excuses.. Absolument rien qui puisse provoquer chez elle une impression de compassion. Sauf un ultime avantage, celui de tirer un salaire ou un sentiment d'utilité, elle n'envisageait pas de devenir amis ni avec lui ni avec moi. Puisque peut-être elle se savait comme un vers ignorant, chiant le savoir emprunté; ne lui restait au passage qu'une mince opportunité de pouvoir. Nier sa propre ignorance sous les raisons d'une science qu'elle répète, ne change rien lorsque la coquerelle veut parler. Intentionnellement, elle trouve pratique de faire valoir que les maladies vous rapprochent des gens autours desquels il fait bon de s'investir. En fait, sa vie consiste en futiles soins qui rendent nos vies impossibles. Nous rabrouant sur une base quotidienne que le bonheur importe peu. Je sais le bonheur, et cela me manque; mais elle dit: 'il s'agit d'un mal incurable, je veille, tu n'y retourneras pas.' Et je me tait. Je devine que ce dont elle a peur, assez pour mettre sur pied toute cette supercherie, est non seulement pure mais vrai. Et je haïs son choix de combattre l'injustice par l'injustice. Sans scrupule, elle s'arrange de penser que les victimes sont les criminels de demain.. Portant en elle, l'impuissance des bourreaux.

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