La conversation d'adieu.

Emma ralentissait le pas par automatisme. Elle arrivait à quelques vingt mètres du café. À l'entrée des clients riaient en fumant une cigarette. Deux joueurs de cartes la saluèrent. Discrètement, la jeune femme s'est faufilée jusqu'au comptoir. Elle a commandé un grand jus d'orange. En évitant de regarder dans les yeux une connaissance qui lui souriait, elle a mis la main sur la section Affaires du journal du matin. Tout en continuant de fixer le vide, elle a pris place dans un des fauteuils au bord de la fenêtre. Puis entreprenait une lecture attentive.



Un homme dans la jeune trentaine a pénétré à l'intérieur au même instant. Il s'est enfoncé dans la salle puis est revenu en apercevant celle qu'il cherchait. Emma a levé un regard furtif vers lui tandis qu'il la jaugeait calmement.



• La dernière fois que je t'ai vue tu criais au loup. Qu'est-ce que tu deviens?

• La dernière fois qu'on s'est croisé Jeffrey, je pissais le sang. D'ailleurs je suis encore fâchée que tu n'aies pas appelé l'ambulance.

• Ça c'est injuste. Et tu le sais.



L'agent Jeffrey Furlong travaillait pour la GRC depuis presque cinq ans. Les circonstances de sa rencontre avec Emma restaient nébuleuses. Il s'aimaient et se détestaient à la fois. Tout portait à croire que ce n'était pas leur décision personnelle de collaborer sur quoi que ce soit. L'homme s'assied à côté d'elle et pouvait maintenant la regarder dans les yeux.



• J'ai besoin d'un service.

• Qu'est-ce que j'ai encore fait!

• Je ne suis pas là pour toi. Je veux que tu me parles de James Devlin.

• Ah! Je vois que tu as fait de la lecture récemment.

• Oui. Devlin... Tu lui a dédié ton premier livre.

• Et alors.

• « En souvenir de ce temps lointain... où nous étions encore plus proche. » C'est grave Emma. J'ai besoin que tu me dises pourquoi une rumeur coure qu’il a mis un prix sur ta tête.

Une vieille rancune. Je le menace, il me menace et ainsi de suite.

Ça m’intéresse pas de savoir les détails de vos chamaillades. Je suis inquiet que tu y laisses ta peau. Ce qui devrais déjà être fait, d’après mes informations.

C’est pour le constater de tes propre yeux que tu es venu ici? Je te dis que je vais bien.



La jeune femme a avalé une gorgée de jus et reportait son attention sur son journal. L'agent Jeffrey Furlong s’impatientait. Il la fixait d'un air découragé.



• Tu n'as pas changée.

• Bye Jeff.



Avant de sortir il a déposé sa carte d'affaire sur la table basse. Puis a disparu.

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