L'enfance lointaine.

Depuis quelques temps, je m'ennuie de mon père. Je pourrais l'appeler, on pourrait déjeuner, mais ce n'est pas ça. Je m'ennuie du père qu'il a été pour moi enfant. J'ai la nostalgie de cette époque où il m'a appris le monde.




Mon père est syndicaliste. Il a travaillé pendant trente ans pour un syndicat américain, qui fait dans les liqueurs douce, le camionnage et la bière. Le fondateur de ce syndicat est mort assassiné, les deux pieds saisis dans un bloc de béton, on l'a coulé au fond d'un fleuve. Cette histoire, comme les autres, je l'ai toujours su. Le monde je l'ai appris à travers lui. Et parce que je suis sa digne fille, c'est dans ce monde que je me retrouve un peu aujourd'hui. Un univers que la plupart des gens ne verrons que dans les films. Je ne suis pas syndicaliste, j'ai fait mon chemin, à ma manière, à travers d'autres dangers.



Je suis fière d'être la fille d'un syndicaliste. Je me trouve chanceuse d'avoir su avant même de marcher, que la vie n'est pas un roman à l'eau de rose. Et ce que les civils n'ose pas imaginer comme une vie de tous les jours, moi je le sais et je l'ai vu. Je li les manchettes des journaux en étant pleinement consciente qu'il s'agit bel et bien de la vie quotidienne des gens dont on parle. Je ne peux pas me cacher la tête dans le sable en disant que tout ça est loin de moi. Je ne regarde pas les nouvelles comme on regarderait un téléroman.



Aujourd'hui, je m'ennuie de mon père. Il est probablement le seul à pouvoir comprendre les choix que j'ai fait au fil des ans. Et aussi, il peut me rassurer quand je sens monter en moi la haine de ceux qui ne croient pas au danger. Ce danger que j'aime tant... Mais il n'existe pas deux poids ou deux mesures. Les jambes cassées et le trafic humain sont de votre monde, sinon vous ne vivez pas sur terre. En tout cas, je suis certaine d'une chose, c'est que je ne suis pas citoyenne de Disneyland, donc je vais rester prudente.

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