La fugue.


Il y a avec chaque nuit blanche, pas mal de lendemains au centre-ville…

J’étais parti tôt le matin, de ma banlieue parentale. J’ai pris les transports publics jusqu’au terminus, en ville. Avec pour bagages, tout ce qui m’apparaissait convenir à ce genre de voyage. J’ai laissé derrière moi le cellulaire, et aussi, mes pièces d’identités. Je n’ai pas dit au revoir.

Ma mère s’était levée tôt, en espérant me pousser à me rendre à l’école. Fébrilement, je me suis rendu à la cuisine, et j’ai attendu… Qu’elle prépare des œufs – comme si nous étions un jour de fête. J’ai attendu parce que je ne pouvais rien avalé. Ni le fait que, du haut de mes dix-sept ans, je feignais être un fils à l’ordre. Ni le fait que je ne disais pas au revoir.

J’ai trimballé jusqu’en ville un bagage, qui m’apparaissait de plus en plus énorme. C’est au terminus du centre-ville que j’ai mis les pieds à terre. Que je me suis senti tout près de découvrir d’où venait cette impression, de mon cœur cassé. Plus proche que jamais de régler mes comptes avec la liberté.

J’ai mis peu de temps à voir qu’avec tout ce poids sur mes épaules, je n’irais pas loin. J’ai fini par éparpiller, au fil de la journée, les choses de mon sac qui semblaient superflues. Mon bagage s’allégeant de rue en rue. Ne restait plus, vers quinze heures, que le sac à dos lui-même.

Je n’ai pas repensé à ma mère, ce jour-là. Mais à ce père que je n’avais pas eu. Et j’ai longuement jonglé avec l’idée, qu’il devait être ici. Plus près de moi que jamais, dans ce centre-ville.

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