À vingt ans ... l'hiver.

LES nuits de février de l'année de mes 20 ans étaient glaciales. Il a neigé beaucoup, selon mon souvenir. J'étais dépressive depuis que j'avais abandonné mon emploi. Et j'avais laissé mon job parce que d'humeur trop triste. Je venais de laisser aller une relation amoureuse avec mon colocataire. Malgré tout, je suis restée. Le temps a passé et l'hiver est arrivé. Mes économies diminuaient tranquilement. Et moi, je restais. Toujours colocataire avec mon ex. J'écrivais, je buvais, je fumais. Doucement, le charme de ces années étudiantes s'effilochait. Les quatre colocs que nous étions se dirigeaient vers des chemins plus ou moins choisis. Ma crise identitaire d'adolescente lunatique n'était pas prête de se terminer. Jusque là je me définissait à travers mes rôles face aux autres. Étudiante attentive, amie rêveuse, collègue investie. J'avais envisagé que le monde des adultes serait un état où la vie se fixe et reste inchangée. Croyant que cette peine de laisser aller l'enfance puis l'adolescence passerait ; j'ai attendu. Des semaines se sont écoullées. Je me plaisais dans cette routine où j'écrivais régulièrement et vivais sans attaches. Par contre, le manque de dessin concret m'a aussi fragilisée. Je vivais des émotions intenses que j'exprimais peu. Ma crise d'adolescence finie, j'ai alors dû la remplacer par une autre. Je ne savais pas qu'il valait la peine de chercher des réponses tel que je le fesais. L'assurance me fesaient défaut.

Le fait d'entamer la vingtaine me donnait un souffle nouveau. Mais après mon départ de la maison familiale à 17 ans, je me sentais déjà vieille. J'ai arrêté mes études tôt. Je voulais gambader une existence romantique et, ma foi, je m'attendais à ce que ce soit simple. Pour la même raison j'avais étudier le cinéma et l'histoire de l'art : par souci pour mes passions. Ma culture générale apparaissait comme un bon investissement. Qui s'est confirmé jusqu'ici.

Dans mon processus d'écriture, je sentais que mes émotions - à fleur de peau - avaient pris le dessu sur mon imagination. Il y avait de grandes contradictions entre ce que j'appréhendais du monde et ce que je comprenais. L'idée d'être éternel et invincible, propre à cet âge, entrait en conflit avec mon refus de compter sur demain. Aujourd'hui, chaque nuit qui vient me donne l'impression d'un deuil. Il me manquait à cette époque la préparation pour mon entrée dans l'âge adulte. Je n'avais pas été élevée à affirmer des décisions prises pour moi-même. J'étais effrayée et blessée. Sans comprendre qu'on ne manque pas le bateau à 20 ans. Ni à 30 ans d'ailleurs. Ceux qui l'affirment veulent vous poussez au bord du suicide. Je souffrais d'être constamment au bord des larmes depuis que la solitude s'était installée durant l'hiver. Toutes mes connaissances vacquaient et - ce que j'en comprenais - se préparaient un futur brillant. Je sortais peu, sauf quelques soirs pour prendre un café près de chez moi. Je dois dire qu'on n'est pas éduqué sur ce qu'est la vie d'écrivain. Si j'avais su ... surtout pour la solitude. J'envisageais sérieusement faire de cette routine un travail. Ce n'était pas tant le quotidien qui me pesait mais ce manque de référence face à d'autres qui font la même chose. Qui aiment le monde de cette façon, c'est-à-dire en l'écrivant.

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